Aujourd’hui, on est seulement parti cet après-midi. Ce matin, on s’est levé comme d’habitude mais on a passé notre matinée à bouquiner et faire du PC. De toute façon, à la factory, c’est production. Mauvaise nouvelle, à la maison, il n’y a plus d’eau, après la coupure d’électricité tous les matins, c’est au tour de l’eau… Génial
Nous allons donc pour 12h30 à la factory et les bonnes nouvelles continuent d’arriver. Les ouvriers sont encore à l’œuvre. Je demande à quelle heure ils vont manger. Ce sera à 13h30. Ah bon, c’est nouveau. Je demande à Rajkoo d’où venait ce soudain changement d’horaire. Il m’explique qu’Annamalai les a appelés à 23h hier soir, pour les prévenir que la production ne commencerait qu’à 8h30 car la livraison de Fly Ash a été retardée. Ok, mais on aurait pu être prévenu aussi. Je le signale fermement à Annamalai. On devra encore attendre une bonne heure. Je discute avec Rajkoo qui n’a pas trop la forme. Il en a assez d’Annamalai, de ce travail et est pressé de rentrer chez lui à Calcutta. Le problème, c’est que ce n’est pas avant dans un mois. Il me confie qu’il a été envoyé ici, car son grand frère l’avait obligé. Auparavant, il travaillait dans l’entreprise de traitement thermique de Gopal à Calcutta et cela l’intéressait beaucoup. Dommage, en plus ici, il gagne moins d’argent. Donc je ne comprends pas trop. Je ne vais pas insister, cela m’a l’air bien compliqué.
Une fois la production finie, nous nettoyons le mixeur. Il nous reste plus qu’à attendre la fin de leur pause déjeuner. Je discute avec Annamalai de ses erreurs de calculs de la veille. Il ne comprend pas tout de suite, mais rapidement, il se rend à l’évidence. Il me remercie mais ne corrige pas sur son propre carnet. De toute façon, cela le fait rire plus qu’autre chose. Sympa le professionnalisme…Sa composition était bonne et le prix de revient aussi mais il ne tilt pas. Il veut continuer d’autres compositions pour éliminer ce fameux problème de bords qui casse. Selon lui, il faut absolument rajouter du ciment, c’est un autre ouvrier d’une factory concurrente qui lui a dit. On refait donc une autre simulation, mais cela ne peut pas marcher. Avec l’ancienne, nous étions limite au niveau prix et là il augmente les quantités de ciment et lime, qui sont 20 fois plus cher que le reste. C’est bien beau de diminuer les autres mais cela ne compense presque rien pour le prix. Mais allez lui expliquer cela relève de l’exploit. Il s’obstine et signe. Ok… Il fait son calcul devant moi, et me sort un coût de revient de 1.37, ce qui serait génial. Je le laisse un peu fanfaronner quelques instants. C’est sur qu’il y a une erreur… Je refais les calculs sur mon carnet et je trouve 1.80 Rps par brique. Et oui, il n’arrive pas à se relire. Ce n’est pas ma faute s’il confond 41 et 81. Encore du grand Annamalai.
Mais la perle de la journée arrive. Il m’annonce à 14h30, heure de reprise des ouvriers qu’il n’y a plus de Quarry Dust, tout le stock restant à été consommé ce matin…Une livraison doit venir à 15h. Connaissant les indiens, c’est encore râpé pour aujourd’hui. Riya me chambre encore et toujours. Je ne peux que sourire, on ne va pas encore en faire toute une histoire. Mais c’est vraiment agaçant à la longue. On a beau commencer à s’y faire, mais cela n’enlève pas l’énervement. En plus, la confectionneuse de briques à un problème, l’arbre est désaxé. Un mécanicien vient demain dans l’après-midi pour réparer. La machine va donc surement être réquisitionnée toute la seconde partie de journée. Ca sent bon l’arnaque…
On va donc patienter jusqu’à 15h. Duchesse continue son rattrapage de bronzage pendant que je continue ma pêche aux informations avec Annamalai. Je voudrais bien savoir d’où il sort ce tarif de 0.60 Rps pour les frais fixes et retour sur investissement. Vu que leur production est irrégulière, je demande à voir. Hier, il m’avait dit que c’était une moyenne. Aujourd’hui, non. C’est calculé à raison de 2 000 Briques par jour. Ok, je vais essayer de retrouver cela avec lui. Il appelle Gopal pour savoir le coût de l’investissement et les intérêts. Je calcule les prix, lui n’y comprends strictement rien. J’ai un grand moment de fou rire lorsque je lui demande sur combien d’années est basé le retour sur investissement. Il me répond fièrement : « Bah, il n’y a pas de période, pas de fin, c’est tout pendant que la factory produit des briques ». Ok, Je vais voir ça tout seul. Ayant les autres données, j’en arrive à un investissement sur 15 ans pour avoir au final 0.60 Rps par briques pour 2000 Briques par jour. J’ai arrêté d’essayer de lui faire comprendre les charges fixes et les coûts variables. Pourtant, il n’y a pas grand-chose… De toute façon, il s’en fout un peu, car Gopal a déjà gagné son pari. S’il revendait aujourd’hui sa factory, avec l’inflation que subit l’Inde depuis quelques années, elle vaudrait 4 fois sa valeur, me réplique Annamalai. Et je peux vous dire, connaissant le prix d’achat, que cela représente un sacré pactole. Donc, même s’il perd des roupies en ce moment avec une production défaillante, ce n’est pas si terrible que ça. Mais bon, ce n’est pas une raison pour ne pas réfléchir un peu…
15h30. Toujours personne pour la Quarry Dust, c’est définitivement mort pour aujourd’hui, sachant qu’il n’y a plus d’électricité après 16h. On repart de la factory, pour la quatrième fois cette semaine, sans avoir rien fait pour nos tests. Lundi, on avait pas les produits, mardi, pas de ciment, mercredi, pas d’électricité, et aujourd’hui, pas de Quarry Dust. C’est la semaine de la loose…Mais il reste demain. Prions pour que la machine soit réparée au plus vite…
16h30.On va ensuite manger quelques Puris pour nous consoler à Old Bus Stand et nous filons à l’Internet Café pour nos mails. Ensuite, nous filons à la Gare pour aller réserver nos billets de trains pour le deuxième weekend d’Août. Direction Madurai pour une petite journée. Une petite coupure d’électricité, bien sûr…Et pourquoi pas. 19h. On passe enfin. On est déjà sur Waiting List, 120ième, mais on commence à avoir l’habitude aussi. 600 Rps (un peu moins de 10 €) pour deux, aller-retour, c’est cadeau. On assiste encore à une scène improbable en France, il n’y a qu’en Inde où l’on peu voir ça. Je vous explique. On attendait depuis 20 minutes quand vient notre tour. On commence à discuter pour nos billets. Soudain, livraison de café. L’homme s’arrête et nous dit d’attendre qu’il est fini son verre. Il part et revient cinq minutes après l’air de rien. Ce n’était pas l’heure de sa pause ni rien. Les gens dans la queue ne disent rien et nous non plus, nous avons notre temps. Mais on s’imagine la même scène en France. Imaginez vous un agent de la SNCF vous faire ça, prendre son café alors qu’il y a foule. C’est limite un début de scandale et d’émeute…Ici, rien.
Il est 20h, nous prenons un bus pour rentrer et nous finissons le dernier kilomètre à pied. Arrivés à les maisons, bien sales et crevés, l’apothéose de la journée… On l’avait oublié celle-là. L’eau n’est toujours pas revenue et c’est vraiment fâcheux. Une bonne douche aurait sauvée notre journée. Il y a des jours comme ça…