Lever 9h, nous fixons notre objectif de la journée : terminer le dossier pour Gopal, acheter le papier pH, recopier sous Excel le dernier chargement pour la fabrication, et apprendre à Annamalai à utiliser Internet tout seul et mettre le blog à jour. Grosse ambition. Allons-nous y arriver ?
Journée mal partie. Il est 13h et Annamalai n’est toujours pas là. Nous décidons de l’appeler et celui-ci nous répond tout tranquillement qu’il est à la factory. On est plus que dégoûté. On ne l’aurait pas appelé, on aurait pu l’attendre toute la journée. On part pour la factory énervés comme jamais. Nous allons récupérer la feuille que nous devons envoyer pour Gopal et après Internet Coffee. Rien dans le ventre, on a pas faim, on a juste envie de se défouler un coup.
Il fait une chaleur de fou, plus de 30°C et toujours pas de vent. Nous allons à la factory en bus, comme d’habitude. Juste avant d’arriver à l’arrêt final, nous assistons à une scène plus insolite. Une moto se met en travers du passage du bus, demande au chauffeur de s’arrêter. L’homme demande à monter, le contrôleur le laisse passer. L’homme cherche quelqu’un, il l’aperçoit, lui met une méga gifle, l’insulte et lui remet des coups. L’autre personne ne dit rien et encaisse. Le mec redescend et repart en moto. Drôle de scène. On n’a pas trop cherché à savoir pourquoi cette altercation, mais c’était impressionnant. Personne dans le car à bouger. On aurait dit un règlement de compte, les indiens en tout cas, semblaient trouver cela normal.
Nous arrivons à la factory plus calmes. Cette scène et avoir pris l’air nous a fait du bien. Nous trouvons Annamalai en train de dormir, allongé par terre dans le bureau. Scène plus comique cette fois. Nous discutons avec lui et mettons les choses au point. Il y a eu un problème de communication. Un imbroglio. En fait, Gopal a demandé à Annamalai de rester à la factory avec les ouvriersle plus longtemps possible et a dit qu’il allait nous prévenir. Sauf que nous n’avons pas compris ce message lorsque sa secrétaire nous a appelés. Mea Culpa.
Annamalai nous donne ensuite la feuille que nous devons envoyer à Gopal et nous dessine le plan de la ville avec les principaux points stratégiques que nous fréquentons. Les ouvriers sont toujours à nos petits soins, c’est fou. Ils nous apportent nos chaises et nous mettent à l’ombre… Masi aujourd’hui, ils font encore mieux, ils nous apportent des noix de coco fraîchement récoltées. Ils les découpent à la machette, nous buvons le lait directement et ensuite mangeons la chair. Un réagl, c<’est rafraîchissant et ça cale bien (surtout qu’on n’avait rien mangé). La journée devient un vrai moment de plaisir.
Annamalai nous montre alors la procédure pour mesurer la résistance des briques. C’est une machine empirique mais qui marche encore tout à fait bien. Cela permet de mesurer la limite en compression de la brique. Il fait plusieurs tests pour nous montrer les différentes caractéristiques entre une brique du matin et une brique à trois heures de l’après-midi. Les limites à la rupture à la compression pour les briques à la factory sont impressionnantes, de l’ordre de 150 tonnes. Pour montrer la nette différence avec une brique de terre cuite fabriquée en Inde, il fait le test devant nous et là surprise….5 tonnes. Les briques de Gopal sont trente fois meilleures… Un gros potentiel ici en Inde.
Après toutes ces découvertes, nous retournons à notre habituelle Internet Coffee. En attendant le bus, nous discutons avec un policier du coin. Trop sympa. Il drague Duchesse : Quel joli nom !!, tu as une belle peau !!!, mets toi à l’ombre, tu vas avoir chaud !!!… Trop marrant. On décide de prendre une photo avec lui et les autres femmes qui attendent. Encore un bon moment. Les gens sont épatés lorsque je leur montre le rendu de la photo, les indiens n’ont pas l’habitude de se voir…
A l’Internet Coffee, toujours pas de réponse des fournisseurs. Gopal a répondu à notre mail. Il nous expédiera le papier pH à Salem, pour que l’on puisse réaliser le test. Cool. Il est aussi en panique car il n’a toujours pas reçu la feuille d’Annamalai, mais ça fait une heure que nous l’avons. J’ai le temps de mettre à jour le blog, ça y est, tout est rentré dans l’ordre.
La connexion se coupe soudainement. Je commence à discuter avec le jeune indien à côté de moi. Il s’appelle Somu, est en dernière année d’école d’ingénieur en informatique à Karur, une ville à 100 kilomètres d’ici. Nous discutons de tout et de rien, de nos études, de notre stage, de la culture indienne. Trop cool le mec. Il nous conseille d’aller voir YemCar, c’est un bel endroit paraît-il… Je lui demande son mail et lui laisse le mien. Il me souhaite bonne chance et peut être à plus tard plus un petit mot sur mon carnet. La journée s’est finalement révélée radieuse. J’adore faire de nouvelles connaissance et les indiens sont très disponibles.
Nous rentrons en bus, allons dans un nouveau supermarché, classe genre Monoprix. Nous faisons un kilomètre à pied dans la nuit, seulement éclairés par les voitures. Il est 20h et l’après-midi est passé bien vite et a été encore une fois riche en souvenirs et émotions. Nous n’avons pas tout fait bien sûr mais avons bien avancés quand même.
Il ne restera plus qu’à apprendre à Annamalai à utiliser Internet, mais celui-ci m’a fait clairement comprendre qu’il n’en avait rien à cirer et qu’il était pleinement satisfait que quelqu’un d’autre le fasse à sa place. Ok, no problem for me…
Désormais, nous irons à la factory tous les matins pour voir Annamalai, nous allons arrêter de nous attendre sans fin. J’ai l’impression que le stage est enfin sur de bons rails. Nous sommes opérationnels et le déroulement du stage semble bien établi.
L’Inde est donc imprévisible, nous sommes passés de la colère au bonheur en quelques heures. C’est tout le charme de ce pays…
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