Midi, nous arrivons là-bas, la factory est à deux cents mètres de l’abri de bus. Une petite marche et le manager nous accueille. Et on voit tout de suite que ce n’est pas la même ambiance relax de celle de Salem. Ici, c’est travail et encore travail. Et c’est assez impressionnant, ça débite. 10 000 briques à la journée, les workers ne chaument pas, je peux vous le dire. 10 à 12 heures. Ils sont une vingtaine. Et ça bouge de partout, d’un côté, il y a les ouvriers qui tamisent tous les matériaux pour avoir un meilleur mélange, pas de gros particules dans les briques, de l’autre côté, d’autres vident les sacs de 50 kilos de ciment et préparent les brouettes de matériaux. Un autre s’occupe des deux mixers, il n’y a jamais d’interruption de production. Et enfin, trois hommes pour récupérer les briques et un autre qui s’occupe du stockage avec ses allers et venus avec son chariot. En cadence, c’est 1 brique seconde, on se croirait en France dans une entreprise à la chaîne. Il y a bien sûr des coupures d’électricité aussi ici, 2 à 3 fois par jour. Les ouvriers ne s’arrêtent pas pour autant. Ils chargent tous les camions pour la livraison. Et le manager veille au grain. Ils en bavent toutes la journée. Ce sont tous des jeunes de 19 à 23 ans venant de la région de Bihar, à 3 000 kilomètres d’ici au nord. Ils travaillent 5 mois et ont un mois de vacances (pas payés bien sûr !!!) et ainsi de suite, en rotation perpétuelle pour que la production continue. Je demande au manager pourquoi il n’emploie pas des travailleurs locaux. Il me répond que les tamouls sont trop proches de leur famille, donc ont plus envie de rentrer le soir. Ici, ces jeunes ont que cela à penser et sont toujours disponibles lorsqu’il y a des heures supplémentaires à effectuer. C’est une sacrée philosophie…. En plus, au niveau du dos, ils en bavent et leurs mains sont détruites par le ciment.
Mais son affaire a l’air plutôt prospère. En effet, il est en train de construire exactement le même bâtiment pour accueillir d’ici un mois une nouvelle confectionneuse de briques avec toujours 10 000 briques par jour. Il va donc recruter de nouveaux employés. Les demandes doivent affluées de partout et son carnet de commandes est déjà plein, car il s’est fourni l’autre jour à Salem.
Il nous propose ensuite d’aller voir la construction de l’université pour filles pour lesquelles les briques sont fabriquées. Nous partirons à 14h. On fera donc un petit tour de Lorry, ces vieux gros camions indiens. On aura presque tout testé, il nous manque que les Ambassadors, les célèbres taxis indiens. On mange sur le pouce et on attend que le chargement soir prêt. On part alors pour une ballade d’une bonne heure, le site en construction est à une trentaine de kilomètres. Il fait une de ces chaleurs dans l’habitacle, on sue à grosse goutte. Notre dos en prend aussi un coup, tout comme nos oreilles avec les incessants klaxons. Mais on profite quand même, les paysages sont sympas. On passe dans des petits villages, on passe plusieurs fois à quelques mètres d’un accident. Les animaux qui sont sur la route ne bougeant pas d’un poil.
On arrive enfin devant ce fameux College Of Ladies. Les ouvriers nous laissent là pour une heure, car ils pensent que nous voulons visiter les lieux. En fait, on voulait voir le chantier en construction, ce n’est pas grave, on va aller voir. A l’entrée de cet établissement privé, deux gardes nous interpellent et nous demande le pourquoi de notre venue. Nous répondons que c’est juste pour visiter. Pas question, problème de sécurité. OK. D’une humeur massacrante et d’une amabilité sans faille ces gardiens. Nous comprenons tout de suite et rebroussons chemin.
Nous essayons de retrouver le chantier. En vain. On se dit alors que nous allons attendre devant l’Université, lieu de notre point de chute. Je prends une petite photo et les gardes me tombent dessus. Pas question pour une photo. Ils ont peur de quoi au final, je ne sais pas, mais sont vraiment désagréable. Je remballe mon matériel et on se pose pour attendre. Une bonne demi-heure passe et les ouvriers sont en retard. Le gardien revient encore vers nous en nous disant que le directeur de l’établissement avait été prévenu de notre présence. Ils nous demandent d’aller de l’autre côté de la route, car ici, selon lui, c’est un lieu privé. Un peu paranoïaque sur les bords ceux-là. Ils doivent s’imaginer les pires horreurs sur nous, c’est pas possible. Nous attendons donc presque encore une heure sur le bas côté d’en face avant que les ouvriers ne reviennent. Ouf, car à quelques minutes près, on sentait la police arrivée. Les ouvriers, en fait, ont bien pris leur temps pour se reposer loin de leur patron. Et puis c’est l’habitude indienne d’être en retard. Ils ont bien fait vu comment ils travaillent durement les autres jours.
Le retour se fait sans encombre. Arrivés de nouveau à la factory, je prends deux trois photos souvenirs devant le Lorry. Il est déjà 18h passée et nous rentrons malgré l’invitation du manager à dîner chez lui. Nous reprenons donc le car avec un magnifique couché de soleil sur la montagne. Une bonne heure de trajet et nous descendons à notre Internet Café préféré. Encore une petite heure et puis retour à la maison vers 21h. Une grosse journée mais on a découvert d’autres endroits et d’autres manières de travailler. Dans un sens, cela fait plaisir de savoir qu’en Inde, certains travaillent efficacement et arrivent à monter un véritable business.
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