Réveil vers 7h30, on ne veut pas passer pour des glandus. Nous n’avons toujours pas mangé, nous mangeons quelques fruits car nous ne savons pas si Gopal a pris son petit-déjeuner. Nous attendons et lisons le journal. Gopal doit aller voir des nouveaux terrains pour construire une nouvelle factory. En route pour 60 kilomètres dans la campagne. Nous partons vers 10h, avant d’aller au village, nous passons en ville pour que Gopal envoie un mail et s’achète des chaussures. Ce qui devait durer une demi-heure dure 1 h30. Le quart d’heure mayennais plus angevin est largement dépassé. Mais on s’habitue, cool, relax.
C’est parti pour la campagne, avec ces paysages à couper le souffle. Des montagnes et des palmiers partout. C’est le bonheur, en plus aujourd’hui, il ne fait pas chaud, il ne fait que 25° C, c’est idéal pour rouler. Nous passons dans des villages très pauvres, où il n’y a pas l’électricité et où les maisons sont en chaux et terre avec toits en feuilles de bananiers séchées. Nous rencontrons ensuite des singes dans les forêts de bambous. Nous voyons aussi des vaches et bufflonnes errantes sur la route, des étalages de poulets et de viande, avec plein de mouches autour dans les villages. C’est effervescence. Dimanche, c’est marché et les habitants de six villages se réunissent pour vendre leurs produits récoltés dans la semaine. Il y en a partout. Des motos, des camions, la routine en somme. Ce qui est incroyable, c’est comme le dit Gopal : Plus les gens sont pauvres, plus ils sont souriants. Nous croisons aussi des célébrations représentant la venue des dieux dans les villages pour les protéger.




Une chose nous impressionne particulièrement. Même dans les contrées les plus éloignées et pauvres, presque toutes les familles ont un téléphone portable. Les indiens sont fous de portable. La minute ne coûte aussi qu’une roupie (2 Cts €). On dirait qu’il leur suffit d’avoir un portable et une moto pour être heureux, car les indiens adorent aussi rouler et rouler encore. On voit des familles entières sur des motos. Le père conduit, un enfant sur la selle centrale, un autre et sa mère sur le porte bagage, ça vaut le détour. Ou bien alors des transports de marchandises gigantesques, genre des tubes de 4 mètres de long, 50 poulets ou 30 bassines. C’est fou…
Nous arrivons enfin sur les terres que Gopal souhaite prospecter. Ces sont des immenses champs où pour nous, français, on se demanderait ce que l’on peut faire dessus. Mais Gopal a toujours une longueur d’avance. En effet, ces terres se trouvent sur la dernière route Salem-Bangalore. Donc une route stratégique. Gopal pense donc construire une nouvelle chemical factory, transférer la fabrique de briques. Mais aussi acheter des immenses terres, qu’il revendra plus tard à prix d’or. Il croit qu’en s’installant ici, il va faire un appel d’air, donc que d’autres entreprises vont le suivre dans cette démarche sur cet axe stratégique. Très fort et surement vrai…De plus, les gens étant très pauvres, la main d’œuvre sera bon marché.
Retour à Salem à la brick factory. Il est 15h30. Raja nous emmène dans un petit resto tout sympa. Au programme, des nouilles chinoises avec des légumes, un régal... pour 90 Rps (1.50 €) pour deux personnes. Enfin, Duchesse reprend du poil de la bête, je l’aperçois de nouveau !!! Nous retournons de nouveau à la factory. On glande en attendant que Gopal règle ses affaires. Nous lui posons des questions sur la visite des terres de ce matin. Il nous explique que le prix qu’on lui a proposé est trois fois supérieur à celui prévu, car nous étions présents, et donc les villageois pensaient que nous étions de riches investisseurs !!! Gopal leur a expliqué notre situation mais ils ne l’ont pas crû. Cette couleur blanche a beaucoup de désavantages pour le business en Inde… Les indiens, de sacrés roublards. Ce n’est pas grave, il renégociera plus tard. Gopal n’est pas pressé. Et Gopal est très malin, il nous explique sa technique, pour passer pour un petit investisseur. Pour ne pas se faire repérer, il construit des factory en peu partout au lieu d’un seul grand terrain. Ensuite, il ne roule pas en super voiture, s’habille très simple et ne va pas dîner dans de luxueux restaurants. Trop balèze… En plus, il a l’embarras du choix pour les terrains, donc peut négocier les prix comme il veut. C’est un vrai business man. Il se dit lui-même money maker man même si pour l’instant il en dépense beaucoup mais il est sûr de ses coups.
Nous accompagnons ensuite Gopal dans un restaurant (type Mac Do avec nourriture indienne) car il n’a toujours pas mangé. Il nous annonce une super nouvelle. Gopal nous emmène au cinéma ce soir. On voulait y aller un jour, car le cinéma est un phénomène culturel ici. Les indiens sont fans de films à l’eau de rose et Co. On verra cela ce soir. Il est alors 19h30. Nous rentrons à la maison pour nous reposer.



Ca y est, nous sommes de retour du cinéma et c’était énorme. Nous nous sommes arrêtés sur le parcours pour déguster un jus de mangue fraîchement pressé, c’était délicieux. Un pur jus laiteux à boire à la paille, pour 10 Rps seulement (20 Cts €). Ensuite, une barre de cacahuètes grillées et caramélisées, avec un goût de Snickers et qui colle aux dents. Trop bien pour commencer cette soirée. Arrivés devant le cinéma, c’est un immense bâtiment très récent, qui est vraiment superbe. Gopal veut absolument rentrer dans le parking des VIP et nous nous faisons encore une fois remarquer. Nous sommes très gênés car le parking était plein, Raja ne pouvait pas rentrer, Gopal s’énervait et lui a dit de forcer. Sympa devant plus de 300 personnes qui attendent dans la rue pour rentrer au cinéma. Gopal a peur de notre sécurité mais est aussi très fier de nous montrer. Ce n’est pas tous les jours que deux blancs viennent à Salem.
Dans le cinéma, c’est la folie, la salle est immense, elle peut contenir 750 personnes. L’écran est 16/9 (dimensions en mètres) et le son super fort. Nous avons les meilleures places, nous sommes au balcon. Raja est avec nous et nous sommes super content, car il le mérite bien. Nous sommes dimanche et il n’a pas pu voir sa famille et il a conduit toute la journée.
Débutent alors les publicités et les messages humoristiques pour interdire le portable et la cigarette dans le cinéma. Le film commence. Il est 22h30. Nous assistons à un blockbuster indien avec La star en Inde (genre Bruce Willis et Jet Lee, mais en style local). Il s’agit d’un scientifique qui tente d’empêcher un ancien américain de la CIA de dérober une bombe bio chimique, qui va bien sûr détruire le monde... On part des USA pour finir en Inde. L’action se passe en décembre 2004, date du Tsunami en Inde. Pendant le film, il y a des combats et des effets spéciaux à mourir de rire, parfois ça sent le décor en carton mâché. Il y a bien sûr plein de chansons et de danses indiennes tout au long et parfois de vrais moments comiques. Il y a aussi toujours des références à la religion, avec les dieux Shiva, dieu de la destruction et Vishnou, dieu de la création.
Ce qui est nouveau par rapport à la France, c’est que les indiens sont un public super. Ca siffle, ça rit aux éclats et ça applaudit, c’est une autre ambiance !!! Autre remarque, les américains (occidentaux en général) sont pour les indiens, très blancs, genre, cachet d’aspirine passé à l’eau de Javel. Les films indiens durant en général trois heures, une pause au milieu est de mise, permettant aux personnes d’aller aux toilettes ou d’aller fumer. Le film se termine bien évidemment, même si l’agent de la CIA avale la bombe et provoque le Tsunami. Vu que la religion et l’histoire du film sont liées, le fait d’avoir le Tsunami est l’acte de Shiva pour les indiens, mais Vishnou est venu s’y opposer, a retiré l’eau et sauvé le maximum de gens. C’est un peu compliqué à expliquer car tout est emmêlé. La vie quotidienne des Indiens et les phénomènes qui surviennent ne sont régulés que par les actes des dieux, cherchant indéfiniment un équilibre entre le bien et le mal.
Après trois heures de film, nous rentrons nous coucher. Il est plus de deux heures du matin, on a fait une très grosse journée mais quelle journée !!!