Lever 00h45, Rabi, notre chauffeur de RickShaw est déjà devant le portail. Bonne nouvelle, je préfère qu’il soit en avance plutôt qu’en retard. Nous l’avions prévenu la veille par téléphone. Nous partons finalement vers 1h et mettons 20 minutes pour atteindre la gare. Notre train n’est qu’à 1h50 mais nous avons nos places, donc nous devrions passer un bon voyage. Nous patientons donc… et je commence à avoir mal au ventre. Ce n’est pas possible, cela ne va pas recommencer. Selon moi, c’est prendre mon cachet de Savarine sans avoir mangé qui me donne ces aigreurs. Je repars donc au régime bananes-Coca.Le train arrive avec un peu de retard et nous nous installons. Les cinq heures de trajet vont passer comme une lettre à la Poste. Pour une fois, j’ai enfin pu réellement dormir dans ces couchettes.
Il est 7h10 et nous arrivons à Madurai. Il fait super bon, même un peu chaud. Nous décidons d’aller déjeuner avant de commencer notre grosse journée. Nous essayons une boulangerie proposée par le Routard, mais celle-ci n’ouvre qu’à 10h. Nous allons donc directement dans un autre petit établissement, situé à deux pas du Temple, notre première visite. L’accueil y est glacial et on vous force un peu la consommation, en vous amenant directement une bouteille d’eau et autres beignets pas frais avec les plats commandés. Nous détestons ce genre de comportement et nous refusons catégoriquement de les prendre. Un Puri et un Dosa plus tard, c’est parti pour les visites.
Nous commençons donc par la découverte du Sri Meenakshi Temple. Aux abords de l’entrée, je suis obligé d’acheter une jupe indienne, que les hommes portent lorsqu’ils vont au temple, car les shorts sont interdits. C’est la première fois, que ça m’arrive. Ce sera 90 Rps de plus pour moi, je voulais m’en acheter une, mais celle-ci est vraiment de mauvaise qualité. Nous enlevons nos chaussures pour entrer et laissons quelques Roupies pour le service.
Le Temple est immense et dispose de quatre grandes entrées principales à chaque point cardinal. C’est une vraie ville dans la ville avec plein de vendeurs d’étoffes et autres babioles religieuses. C’est l’un des plus grands temples de l’Inde du Sud. Il dispose de 11 Gopuram géants. Malheureusement pour nous, ils sont presque tous en rénovation et sont cachés par des feuilles de bananiers. On est super déçus car en voyant quelques photos, cela valait le détour. Ici les fidèles criblent de Ghee, le beurre indien, les divinités et les arrosent aussi de noix de coco. C’est assez bizarre et impressionnant à la fois. Il y a aussi cette statue de Ganesh, où après avoir fait ses offrandes, les hindous font 9 fois le tour de la petite place, censé porter bonheur. Vous voyez des gens tourner et tourner…
Nous allons ensuite au Mandapa aux Milles colonnes. C’est un musée mais où le plus important est le lieu et non les statuettes présentées. L’entrée est de 30 Roupies par personne plus 40 pour l’appareil photo. C’est une galerie magnifique, avec Mille colonnes (je ne les ai pas recomptées, je leur fais confiance) où il y a une perspective incroyable. Une longue allée de statues sculptées dans les piliers vous emmènent jusqu’à la statue de Shiva. Un lieu mystique et magique, mais très difficilement photographiable car les indiens n’utilisent que la lumière au néon…Très désagréable.
Nous nous baladons ensuite parmi les nombreuses artères et contemplons les magnifiques sculptures. Elles sont comme dans tous les temples indiens, très massives mais avec une richesse de détails et de précision impressionnante. A l’intérieur du temple, il y a encore une autre statue impressionnante de Ganesh datant du XVIIème Siècle. Une importante queue s’y amasse pour faire là aussi des offrandes.
Nous arrivons ensuite au grand bassin du Lotus Bleu. C’est ici ce que se font les bains purificateurs. Les ailes disposent des magnifiques peintures murales et au sol. C’est ici que nous nous faisons alpaguer car nous n’avons pas payé d’entrées. C’est assez bizarre, cela fait plus d’une heure que nous sommes rentrés et nous n’avons eu jusque là aucun problème. C’est vraiment mal conçu. Les guichets se trouvent en plein milieu du Temple. 150 Roupies plus tard, nous pouvons photographier sans soucis. Il m’arrive encore une bévue à l’intérieur d’un sanctuaire. Je prends une photo et je me vais insulter par des indiens. No Photos, No Photos. OK,OK, No problem. Encore une fois, cela est marquer que sur une seule porte et c’est celle que nous n’avions pas prise. Un manque total d’informations.
Nous sortons ensuite pour aller à deux pas du Temple. C’est le Pudu Mandapam, c’est une ancienne annexe, où il ya aujourd’hui plus de 300 tailleurs qui vont confectionnent vos vêtements sur des vielles machines à coudre. Ils sont capables de vous les réaliser en quelques heures seulement et sur mesure bien sur. C’est assez cocasse de les voir les uns à la suite des autres dans ces allées étroites.
Il est bientôt 12h. Nous filons directement en bus au Gandhi Mémorial Musuem. Celui-ci ferme à 13h, il nous reste donc un petit moment pour le visiter. C’est uns superbe bâtisse, où est racontée toute l’histoire de l’Inde, depuis le début de la prise par les anglais jusqu’à l’indépendance de l’Inde. Tout ceci est résumé par une vingtaine de panneaux très simples à comprendre en anglais, mais très explicatif et très complet. Très intéressant. Ce pays a vraiment connu de sombres périodes sous le colonialisme britannique et Gandhi et autres indépendantistes ont quand même une sacrée destinée. Gandhi y vécu ici, et l’une des plus grandes étapes de son évolution spirituelle, ici, il a renoncé à porter les vêtements européens, pour porter le Dhoti, l’habit des plus humbles paysans. Une autre salle contient pleins de souvenirs de Gandhi avec photos, objets et livres. Je n’ai pas pu tout voir avec précision, car le gardien était en train de nous mettre dehors…
Nous allons ensuite manger dans la boulangerie fermée ce matin. C’est aussi un très bon restaurant, très propre et bon marché. Je prends des Chicken Noodles et Duchesse Veg Spings Rolls. Vraiment très bon. En désert, un petit Italian Delight Mickshake. Lorsque vous allez aux toilettes, vous passez par les cuisines où les ouvriers sont en train de préparez les pâtisseries et autres gâteaux à la crème. Vraiment appétissant. Au rez-de-chaussée, la vitrine impressionnante avec tous ces gâteaux vont oblige à acheter une part. Duchesse craque alors pour le gâteau au chocolat.
Après ce petit moment de répit, nous repartons sur notre rythme effréné, nous filons à pied au Tirumalai Nayak palace. En façade, ce monument cache bien son jeu. C’est un lieu extraordinaire. Sachant qu’il ne reste qu’un quart de ce qui existait à son apogée, ce lieu devait vraiment être fabuleux. Il est en rénovation totale, mais certaines parties sont encore à disposition des yeux. Le palais est d’une hauteur hallucinante, dispose d’une cour immense. C’est indescriptible. Il faut le voir pour le croire. Les plafonds sont entièrement peints. C’est d’une beauté. Avant il y avait un spectacle sons et lumière le soir et cela devait être fantastique. C’est très dur de prendre des photos tellement les piliers sont énormes et hauts. Mais encore une fois, les détails sont incroyables. En gros, un lieu complètement inoubliable et à ne absolument pas louper si l’on va à Madurai. En écoutant un guide en français, nous avons appris que ce palais avait été racheté par KingFisher pour des milliards de Roupies, le plus grand fabricant indien de bière. Cela enlève un peu de sa superbe…C’est comme si Kronenbourg avait la Tour Eiffel…
Il nous reste quelques heures avant de repartir. Nous décidons d’aller en vitesse à Tiruparankundram, situé à 8 kms. Il y a aussi le magnifique temple Subrahman construit à flanc de montagne. L’entrée est à 10 Rps et vous pouvez accéder grâce un dédale de marches au sanctuaire creusé dans la roche. La ferveur religieuse est très intense et le lieu vraiment mystique. Mais ce n’était pas forcément ce que nous voulions faire. En fait, il y a possibilité de grimper tout en haut de la montagne pour avoir un panorama complet sur la ville et les alentours. L’ascension est assez éprouvante, on peut aussi aller voir un temple miniature en prenant un sentier à gauche. Carrément au sommet, il y a un petit temple avec plein de singes. Cela en vaut vraiment le détour. Vous êtes à quelques dix centimes d’eux et le panorama est splendide, on peut même voir le bassin de Teppakulam.
Une redescente en vitesse pour reprendre un bus direction Madurai. Arrivés une demi-heure plus tard, nous aurons donc une heure de répit avant l’arrivée du train. J’en profite pour me restaurer. Mauvaise nouvelle, nous sommes sur Waiting List, position 3 et 4. Il nous manque un rien pour que nous soyons acceptés. De toute façon, nous monterons dans le train, et nous verrons. Sur le quai de la gare, un indien vient à notre rencontre. Il connaît des français. Il est dans l’édition et travaille quelques fois avec le correspondant du Figaro en Inde. Nous discutons ensemble et nous prenons en plus le même train. Lui revient à Bangalore.
Le train arrive et nous décidons de suivre notre nouvelle connaissance. Il nous aidera peut-être dans notre négociation avec le contrôleur. Le train est bondé, pas une place de libre. Il nous raconte que lui en en RAC, c’est-à-dire qu’il a droit d’être dans le train, mais pas forcément à une place. Assez compliqué. Le premier contrôleur arrive et veut bien que nous restions dans le train. L’indien nous dit que pour le remercier de ce service, nous pouvons lui demander combien il souhaite. Ce n’est pas de la corruption, juste un pourboire. Il revient vers nous et je lui demande directement combien il souhaite. Je reconnais que je n’y pas allé avec le dos de la cuillère. Je ne savais pas amener la chance en douceur en Anglais. Tout de suite, il insulte l’indien qui se trouve à côtés de nous, en sachant très bien que c’était lui qui nous avait dit de faire cela et me dit sur un ton très sévère de ne jamais donner de l’argent à quelqu’un de l’état, ce qui est pourtant légion ici lorsque vous voulez obtenir un petit service. Il y a beaucoup de corruption. Fin de l’histoire, nous ne payerons pas d’amende.
Nous discutons donc avec cet indien et nous arrivons à des sujets très contentieux. En effet, il est de caste Brahmane et est donc un fervent défenseur du Végétarisme. Comme réponse concernant les européens, il nous considère comme des barbares, mangeurs de viande et odieuses personnes avec les animaux. Selon lui, les Veg sont supérieurs aux Non-Veg. Il nous pose la question sur les couleurs de peau. Nous lui passons une petite morale en lui disant que toutes les personnes sont égales pour nous, quelque soit leur couleur. Il s’étonne que nous ne nous pensions pas supérieurs au indiens. Il est abasourdi lorsque nous lui disons que nous ne sommes pas croyants ou non pratiquants. Toute la culture occidentale lui paraît impure, sur notre consommation d’alcool ou notre mixité entre les communautés. Puis vient l’absence de virginité chez la femme avant le mariage. Je suis un peu énervé, mais reste calme, et lui envoie aussi quelques pics assez virulents. Je lui mets en évidence leur système de mariage arrangé, où ce n’est pas l’amour qui dicte l’union, mais le pouvoir de décision des parents. Il le reconnaît très timidement et ne trouve pas d’argument. Je lui rappelle aussi que ce n’est pas en se cloisonnant parmi une élite que l’on fait avancer son pays. Notre ascenseur social est peut-être bloqué mais au moins il a le mérite d’exister quand même pour certains.
Cet homme est très conservatiste. On sent bien qu’il veut connaître notre culture, mais n’a aucune ouverture d’esprit par rapport à sa culture. Nous aurions tous les défauts. Nous ne sommes pas assez spirituels selon lui et aussi pas assez sentimentaux. Il n’a aucune envie d’aller voir ailleurs car son pays est le meilleur du monde. Une conversation énervante mais très instructive à la fois. Ce qu’il vient de me dire reflète selon moi, la pensée de beaucoup d’indiens. Leur système est tellement hiérarchisé et la religion tellement omniprésente que cela est pris pour au pied de la lettre, sans aucune marge de manœuvre. Tout est régulé et cloisonné et personne ne s’en plaint. Chacun à sa place définie. Mais cela n’enlève en rien leur hospitalité et leur joie de nous accueillir. Ce pays est vraiment spécial… mais dans le bon sens du terme. Et je continuerais quand même de manger de la viande à mon retour, quoi qu’il puisse en juger.
Duchesse arrive enfin à trouver une couchette mais doit vraisemblablement prendre la place à quelqu’un qui ne veut pas la réveiller. De mon côté, j’essaye de me mettre comme je peux pour m’assoupir. Il ne reste que deux heures de trajet, ça tiendra… Arrivés exténués à Salem à 1h30, nous prenons en vitesse un RickShaw pour rentrer à la maison. Une bonne douche et au lit.
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